Consommation d’alcool : “Avant d’être addict vous passez par des stades où l’alcool est thérapeutique”

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Selon une étude récente, la région Occitanie est celle où l’on boit le plus d’alcool. Une consommation quotidienne est-elle dangereuse pour la santé ? Quelle quantité et à quelle fréquence est-il “raisonnable” de boire de l’alcool ? Entretien avec le Dr Jean-Paul Boyes, addictologue.

Dans notre région, 12,6% des habitants boivent de l’alcool quotidiennement. Un chiffre qui place l’Occitanie en tête des régions les plus consommatrices d’alcool. 
Pour le docteur Jean-Paul Boyes, addictologue du réseau addiction Midi-Pyrénées, “cette tendance reflète une consommation régulière culturelle dans un territoire très viticole“.
Toutefois, notre région n’est pas celle qui compte le plus d’incidents liés à la consommation d’alcool (cancers, hospitalisations, phénomènes d’alcoolisation massive).

Alors comment savoir si notre consommation d'alcool est excessive ?

Tout d’abord je peux vous faire une réponse chiffrée. D’après l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) il ne faut pas dépasser 3 verres d’alcool par jour pour les hommes et 2 verres par jour pour les femmes. Soit 21 unités d’alcool hebdomadaire chez les messieurs et 14 unités d’alcool hebdomadaire chez les dames.
Ces chiffres sont cependant à prendre avec des pincettes puisque des études d’oncologie ont permis de prouver qu’au delà d’une consommation de 2 verres par jour, il existe chez la population une augmentation significative du nombre de cancers.
Pour conclure, le message idéal de santé publique convient de limiter à deux verres par jour sa consommation, tout en respectant de temps en temps des jours d’abstinence totale.

Si on respecte ces quantités on peut s'estimer en dehors de tout danger pour la santé ?

Malheureusement non, car ce ne sont que des chiffres appliqués à une population. Chez certaines personnes l’alcool est devenu indispensable quelque soit la quantité.
Cela signifie que la consommation devient compulsive sous l’effet d’une envie irrépressible. Mais avant d’être addict, vous passez par des stades où la prise d’alcool est thérapeutique.
D’où l’intérêt de respecter des périodes d’abstinence. Le Dry January est en ce sens très intéressant. Si vous buvez régulièrement 2 ou 3 verres par jour et que vous passez le test du dry january, vous n’avez aucune inquiétude à vous faire sur votre consommation.

Vous regrettez que cette campagne n'ait pas reçu le soutien du gouvernement ?

Oui beaucoup, on a le sentiment en France que le vin est un Fleuron national auquel il ne faut pas toucher. Mais je peux vous dire que la plupart de mes patients consomment avant tout du vin et pas des alcools forts.
Au delà du challenge que représente le dry january, il permet aussi de mettre en évidence des effets positifs et souvent méconnus dûs à l’arrêt de la consommation d’alcool.
Sommeil plus réparateur, meilleur faculté de concentration, perte de poids et économie d’argent sont les avantages les plus cités par les personnes qui cessent de boire durant quelques semaines.

Pour conclure y a-t-il des signaux qui doivent alerter sur une consommation d'alcool problématique ?

Je dirais que lorsque l’envie de boire a pris le dessus sur la raison, il faut se poser des questions. Mais surtout j’insiste sur le fait qu’il ne faut pas stigmatiser les personnes dépendantes à l’alcool. Il faut les aider à se réintégrer dans la société. L’arrêt de l’alcool ne doit pas être une obsession, il faut d’abord avoir pour objectif de diminuer.