Syndrome d’alcoolisation fœtale

Actualité, Alcool
syndrome-alcoolisation-foetale

Longtemps peu abordée et bien moins souvent que d’autres pratiques à risque exposant la santé de l’enfant à naître, la consommation d’alcool pendant la grossesse est désormais un enjeu majeur de communication en santé publique. Pourtant, en dépit des campagnes successives, le phénomène demeure mal connu. « Malgré l’impact sanitaire et social de ces troubles, aucune estimation nationale ni de comparaisons régionales récentes n’étaient à ce jour disponibles » remarque Santé publique France (SPF). Cette lacune importante est aujourd’hui corrigée avec la présentation hier par SPF des résultats d’une étude inédite en la matière.

 

Moins de SAF mais plus de TCAF

Pour établir une estimation de la prévalence du Syndrome d’alcoolisation fœtale (SAF) et des troubles causés par l’alcoolisation fœtale (TCAF), les responsables de Santé publique France se sont basés sur les bases nationales du PMSI-MCO pour les années 2006 à 2013. Ils ont épluché les résumés de sortie anonyme (RSA) des séjours survenus durant la période néonatale (jusqu’à 28 jours) et ont recensé ceux qui incluaient des codes correspondant à un SAF avec dysmorphie ou à un nouveau-né «affecté par l’alcoolisme de  la mère ». Cette analyse les a conduits à identifier 3 207 enfants nés entre 2006 et 2013 souffrant d’au « moins une conséquence liée à l’alcoolisation fœtale, dont pour 452 d’entre eux un syndrome d’alcoolisation fœtale ». En vertu de ces données, on peut évaluer à 0,48 pour 1 000 naissances la prévalence des TCAF et de 0,07 pour 1 000 naissances celle du SAF. L’analyse de SPF fait par ailleurs apparaître des différences marquées en fonction des régions, avec des diagnostics bien plus fréquents à la Réunion (1,22/1 000), en Haute Normandie (1,02/1 000) et Champagne Ardenne et Nord Pas de Calais (0,90/1 000). Au cours de la période, on constate une diminution significative des SAF mais une augmentation des TCAF, conduisant à une stabilité globale, et suggérant une plus grande efficacité des mesures d’accompagnement et de prévention vis-à-vis des consommations d’alcool les plus importantes.

 

Sous-estimation

Les experts de Santé publique France signalent que ces chiffres n’offrent qu’une vision partielle et sous-estimée de la réalité des troubles liés à l’alcool de la mère. Les limites sont en effet multiples. L’étude ne porte que sur les enfants diagnostiqués dans le mois suivant leur naissance alors que des détections se font fréquemment plus tardivement (tandis que certains cas ne sont jamais diagnostiqués). Par ailleurs, des erreurs ou manquements de codage peuvent également conduire à biaiser les résultats.

 

Sous déclaration

D’une manière générale, l’estimation du phénomène demeure complexe et cette difficulté concerne en premier lieu l’évaluation de la consommation des femmes au cours de la grossesse, notamment parce que la sous déclaration est très fréquente. « Cette sous déclaration (…) est bien décrite et a été confirmée par la confrontation de données biologiques (méconium, cheveux) et de données déclaratives. Ainsi, une étude récente menée sur 153 femmes à l’accouchement en Espagne montre que seulement 2,6 % des femmes déclarent avoir consommé de l’alcool plus d’une fois durant la grossesse, alors que l’analyse de l’éthylglucuronide dans leurs cheveux suggère que 63 % ont en réalité eu une consommation non négligeable d’alcool et 2 % une consommation excessive » rapporte SPF.

 

Sous implication

Cette sous déclaration rend surtout complexe le travail de prévention et de sensibilisation des professionnels de santé. Or ces derniers éprouvent déjà des difficultés à aborder ce sujet. « Dans les données de l’enquête nationale de prévalence 2016 (…) seules 29,3 % des femmes déclaraient avoir reçu la recommandation de ne pas consommer d’alcool pendant la grossesse. Une étude de la DREES auprès des médecins généralistes indique que 61 % d’entre eux déclarent systématiquement interroger les femmes enceintes sur leur consommation d’alcool et 77 % d’entre eux recommandent l’arrêt total pendant la grossesse. Cette étude a (…) également montré que 43 % considèrent qu’une consommation occasionnelle d’un verre d’alcool est un risque acceptable et 18 % que ce niveau de consommation est sans risque pour la grossesse ». Les données concernant les femmes et les médecins mettent donc en évidence la persistance d’une prise de conscience encore en défaut et confirment la nécessité de nouvelles campagnes de sensibilisation s’adressant à tous. C’est dans cette perspective que dans le cadre de la journée nationale d’information sur le SAF, le 9 septembre, une nouvelle opération est lancée par SPF. Le message, didactique, est clair : « Parce qu’aujourd’hui personne ne peut affirmer qu’un seul verre soit sans risque pour le bébé : par précaution, zéro alcool pendant la grossesse ». Parallèlement à cette préconisation, « des outils informatifs (affiches et dépliants) seront mis à disposition du public dans les salles d’attente des professionnels de santé », ce qui constituera également une piqûre de rappel pour eux !

Aurélie Haroche – JIM – www.jim.fr